Livre Histoire

 

On ne possède que peu de renseignements avérés sur les origines de Torfou. Si l’on consulte le dictionnaire de l’Anjou de Célestin Port, on peut y lire « Torfo, fin du XIII° s. (Gd Gauthier) ... Ecclesia parochialis Sancti martini de Torfou (Pouillé, dans Lacurie. P.359) ... ». On ne peut, bien sûr, s’en contenter !

 

         Notre contrée a sûrement dû être occupée lors des temps très anciens. La terre est hospitalière, les cours d’eau nombreux et, dans la région, on trouve de nombreuses traces d’occupation dès l’époque néolithique (Saint-Macaire en Mauges, le Fief Sauvin, etc.) A Torfou, le site de la Pierre Tournisse (voir notre article sur le site), phénomène purement géologique, fut-il un lieu de campement ou un lieu de culte ? Il a été trouvé à proximité une hache taillée,  en silex. Ce haut lieu recèle sans doute bien d’autres trésors !

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         Avant l’invasion romaine, le pays était occupé par les Ambilatres (ou Ambiliates), tribu gauloise qui occupait la Vendée, sauf le Marais poitevin, ainsi que le sud de la Loire Atlantique et du Maine et Loire (Jean Hiernard). Les Ambilatres faisaient partie de la grande confédération des Pictons (Poitiers). On se trouvait donc en présence d’une tribu gauloise, reliquat des premiers Celtes refoulés vers l’océan. Cette tribu aurait vécu, pendant longtemps, sous la forme d’une civilisation fort primitive. D’après J. Hiernard, il apparaitrait que, peu après le début de l’occupation romaine (au temps des Césars), ce peuple aurait été rattaché à celui des Pictons, afin de récompenser ces derniers de leur attitude lors des soulèvements armoricains de -56. De longs siècles s’écouleront avant que le degré de civilisation apportée à leur arrivée par les Romains, parvienne jusqu’à eux. Ces peuples étant compris comme faisant partie de l’Aquitaine.

         La conquête romaine. Dans notre région (de -50 avant J.C, jusqu’au V° siècle de notre ère) la conquête romaine modifie profondément notre environnement. Situation qui conduit Duratius, le chef des Pictons, à pactiser avec les Romains, étant donné le peu de chances qu’il a de maintenir son indépendance, face à la division de ses tribus. Il faut reconnaître que les Romains apportent avec eux la civilisation, l’ordre. L’occupation romaine est attestée, dans notre contrée, par le site de la Bouterie à La Romagne, où un camp s’était établi lors de l’invasion de la Gaule. On relève, en outre, la présence à Tiffauges d’un castrum sur les lieux d’un oppidum gaulois. Il est vraisemblable qu’à Torfou aussi, certains lieux aient abrité des campements de soldats romains, si l’on s’en tient aux données toponymiques : Les Châteliers, comme l’indique Bélisaire Ledain (1) dans son ouvrage, « Tiffauges était aussi le centre incontesté d’une importante colonie de eiphales auxiliaires... »... « L’importance de cette place explique la présence des nombreux Châteliers qui l’environnent et qui lui servaient d’avant-poste : Château Gaillard, Champ des Batailles (de : bastion). On trouve également dans ce secteur la Voie Romaine, entre le Couboureau et la Vallée de Torfou, où subsiste un tronçon de 120 mètres de pavés, en bon état de conservation. Autant d’éléments qui avèrent l’occupation romaine !

         Les Téiphales. : Au V° siècle les Teiphales, auxiliaires de l’armée romaine, vinrent s’installer dans notre région. C’était un peuple barbare, originaire des steppes d’Asie Centrale, un peuple guerrier, aux mœurs primitives. Ils étaient préposés à la garde du pays et notamment destinés à stopper les incursions des Bretons de la Loire. Ils ont ainsi rétabli un certain ordre dans la région, se livrant toutefois à des pillages. Ils obéissaient à un préfet qui résidait à Poitiers, capitale des Pictons. Aussi, donnèrent-ils leur nom à la contrée qui devint la Teiphalie, avec pour ville principale, Tiffauges. Il parait vraisemblable qu’à Torfou, certains lieux aient aussi abrité des campements  de soldats romains, si l’on s’en tient aux données toponymiques : les Châteliers, (comme l’indique Bélisaire), Château Gaillard (Cette appellation serait associée à des vestiges très anciens et le terme « Gaillard », a souvent eu le sens de poste avancé), le Champ des Batailles (déformation de : bastion), etc. De cette période on ne retrouve pratiquement aucun vestige, si ce n’est la « Voie Romaine », ou des traces de construction, au château de Tiffauges. Enfin, Prosper Boissonnade, (2) dans son « Histoire de Poitou », (Ch..1, p.20), dit :

« ...Un grand nombre de postes militaires fortifiés (castra, castellaria,) dont on a reconnu 70 emplacements divers, couvrirent les voies d’accès principales et secondaires de la région. Des troupes y furent cantonnées. D’après l’Almanach impérial (Notitia Dignitatum), Poitiers fut le siège d’un grand commandement militaire, celui du préfet des contingents auxiliaires, Sarmates,et Scythes Taïfales, dont le souvenir s’est conservé dans un certain nombre de lieux du Haut et Bas-Poitou où ils furent établis, tels que Tiffauges et Torfou... ». La christianisation a toutefois effacé toutes les traces des civilisations gauloises ou romaines, qui furent pourtant si riches !

L’évangélisation de notre contrée a débuté au VI° siècle, avec de nombreux saints personnages, qui fondèrent les premières communautés de moines. Ainsi, notre région fut évangélisée par :

·        Saint-Martin de Tours : né en Hongrie, au VI° siècle, évêque de Tours. Il réunit autour de lui la première communauté de moines en Gaule.

·         Saint-Martin de Vertou (527-601) : il évangélisa une partie des Mauges et de la Vendée. (3)

·        Saint-Hilaire (vers 315-vers 367): Riche gallo-romain, né à Cléré-sur-Layon. Il fut évêque de Poitiers, vers 350.

·        Saint-Macaire : moine envoyé au V° siècle, du Mont-Glonne, par Saint-Florent,  pour évangéliser les Mauges.

·        Saint-Sénoch : né en 541 à Tiffauges. Il fonda un monastère dans le diocèse du grand évêque Grégoire de Tours. Il fit de nombreux miracles, tant de son vivant qu’après sa mort.

         Quant à Torfou, on n’a quasiment aucune certitude, si ce n’est que Saint-Martin de Vertou évangélisa notre contrée ( tel Saint-Martin-des-Tilleuls, qui aurait été évangélisé par lui). Il mourut le 24 octobre 601 à Saint-Georges-de-Montaigu .Les chroniques nous disent que Saint-Félix, évêque de Nantes, lui aurait donné pour mission d’évangéliser les populations du sud de la Loire.

         Les invasions normandes : En 843, le comte Lambert est chassé de Nantes. Il appelle les Normands à son secours. Ces derniers pillent, tuent et saccagent la région, emportant avec eux un lourd butin. A Tiffauges, ils incendient le château et réapparaissent plusieurs fois à Nantes, ainsi que dans les pays voisins. Mais, en 937, Alain Barbe-Torte  (Nouveau comte de Nantes) chasse les Normands et libère le pays de leur domination.

         Comté de Nantes-Comté de Poitou : En 843, le comte Lambert, alors maître de Nantes, s’empare des pays des Mauges, d’Herbauges et de Tiffauges, et donne à son neveu, Girard, le commandement du pays de Tiffauges. Aussi, durant un siècle, ce pays changera-t-il souvent de maître, tantôt relevant des comtes de Poitou, tantôt dépendant du comté de Nantes. Mais, en 943, Alain Barbe-Torte, comte de Nantes, signera un traité avec le comte de Poitiers, Guillaume Tête d’Etoupe, aux termes duquel le pays de Tiffauges sera rattaché au comté de Nantes. Il le restera ainsi jusqu’en 982.

         Les Marches communes de Bretagne, de Poitou et d’Anjou. En 982, Gwerek (ou Guerek), fils d’Alain Barbe-Torte, établit avec Guillaume V, les règles de bornage de leur territoire. Une portion du pays de Tiffauges est alors abandonnée par Gwerek pour entrer dans le système des Marches de Bretagne et de Poitou. Puis, en 1028, Foulques Nera, comte d’Anjou, approfondira ses possessions. La frontière des Mauges descendra alors jusqu’à la Moine. Le fils de Foulques Néra pourra ainsi fixer les Marches communes d’Anjou et de Poitou.

 


(1) - «De l’origine et de la destination des camps romains, dits Châteliers en Gaule...».1885-
(2) - P. Boissonnade « Histoire de Poitou »-1915-Paris, Boivin &Cie éditeurs.
(3) - Chanoine A. Jarnoux « Vertou, 15 siècles d’histoire »,-1982- impr. Abbaye Ste Croix, 86280 St-Benoit.